Jean Alesi

Pilote automobile ititititit

Bonjour à tous

J’ai pris, il y a quelques jours, un très grand plaisir à courir les 24 Heures du Mans. Je me suis rendu compte que je n’avais pratiquement plus de souvenirs de la course que j’ai disputé ici en 1989. Je suis surtout entré dans un monde totalement nouveau pour moi. Que j’arrive avec une carrière sur les épaules a fait que la pesée, la parade et le contact avec le public ont été des moments uniques et extraordinaires à vivre. J’ai couru dans plusieurs disciplines au cours de ma carrière de pilote, mais même sur les Grand Prix du Canada, d’Italie ou du Japon, je n’ai jamais rencontré une telle ferveur populaire. Le Mans est sans égal ! Ici, l’accès du public est possible, alors que la Formule 1 est beaucoup plus cloisonnée. Des gens sont même venus pendant la parade pour me souhaiter un bon anniversaire… cela m’a fait chaud au cœur !

A partir du moment où je suis monté dans la voiture, chaque instant a été très intense. J’ai découvert le pilotage de nuit pendant les essais. J’étais un peu anxieux et effrayé. Avec le trafic, surtout pour nous en GT2, ce n’est pas facile. D’autant que l’éclairage est parfois particulier sur le circuit du Mans. En sortie de certains virages, les projecteurs sont placés à l’horizontale et leur illumination bloque la visibilité dans les rétros. Cela m’a créé des petits moments de panique car je ne savais plus s’il y avait ou non un proto derrière moi…

Pendant la course, Giancarlo a eu un problème avec les freins. Quand il a touché la pédale, la plaquette est partie. Je suis content que ce soit lui qui ait été dans l’auto car il a très bien géré la situation et a réussi à prendre l’échappatoire. Nous avons perdu vingt minutes et du coup nous terminons quatrièmes.

C’est dommage car nous privilégiions vraiment la distance. Nous avions une cartographie moteur très maigre qui nous permettait de faire un tour de plus que nos compétiteurs directs. A la fin de la course, cela nous aurait fait économiser un arrêt aux stands. Nous pouvions donc viser la victoire ! Le week-end n’a pas été décevant pour autant car nous étions compétitifs : c’est ce que je souhaite retenir. Toni aurait même pu faire la pole position. Il était le plus rapide dans les deux premiers secteurs mais a dû laisser passer un proto dans le troisième.

Je me sens de plus en plus à l’aise en Endurance. En début d’année, nous n’avons pas pu beaucoup roulé. Nous ne pouvions faire que cinq tours chacun lors des différentes séances d’essais avant les courses et jamais avec la même usure de pneus ou la même quantité d’essence. Nous attaquions donc la course, Giancarlo et moi, sans maîtriser parfaitement la voiture.

Heureusement, pour la prochaine course à Portimão, nous avons déjà effectué des essais là-bas. J’ai adoré ce circuit ! Honnêtement, c’est un truc de malade ! Ça monte, ça descend, il y a plusieurs courbes en aveugle où on ne voit pas la sortie du virage… Avec nos deux courses en Le Mans Series et les 24 Heures du Mans, nous sommes maintenant plus compétitifs, alors nous allons essayer de jouer la victoire. Nos coéquipiers Bruni et Melo restent notre lièvre. Ces deux pilotes m’étonnent : ils font toute la course sur un rythme de qualifications ! D’ailleurs cela leur joue parfois quelques tours…

J’ai d’autant plus hâte d’aller à Portimão que je garde un bon souvenir du Portugal. A Estoril, en 1993, j’avais réussi à prendre le meilleur départ et à tenir Senna jusqu’au premier ravitaillement. Ce n’est malheureusement plus possible aujourd’hui en Formule 1. Pour améliorer le spectacle, je trouve qu’il faudrait enlever les assistances au pilotage pendant les premiers tours.

Portez-vous bien, à bientôt !

Jean Alesi

cette chronique est réalisée en collaboration avec nos amis d’endurance-series

Le 1 - juillet - 2010

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